Crédits photo : Père Igor, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons
Le château de Hautefort domine le village du même nom, en Dordogne, depuis un éperon rocheux qui commande la vallée. Sa silhouette blanche, ses dômes d'ardoise et sa symétrie l'apparentent davantage aux demeures du Val de Loire qu'aux forteresses du Périgord.
Le site fut pourtant une place forte. La famille de Hautefort le tient depuis le Moyen Âge — c'est là que naquit Bertran de Born, seigneur et troubadour, dont Dante fit un damné de l'Enfer pour avoir semé la discorde entre Henri II d'Angleterre et ses fils. Au XVIIe siècle, Jacques-François de Hautefort décide de transformer la forteresse en résidence de plaisance : les tours rondes sont coiffées de dômes, un corps de logis classique relie les ailes, et la cour s'ouvre sur une terrasse dominant le parc.
À la Révolution, le château échappe à la destruction d'une façon singulière. Une troupe venue d'Excideuil se présente pour l'abattre comme symbole de la féodalité ; les habitants du village fondent leurs objets de cuivre pour en faire des armes et défendent la demeure. Elle leur doit sa survie.
Le XXe siècle le trouve dépouillé — mobilier vendu, boiseries et parquets arrachés. En 1929, le baron Henry de Bastard et son épouse Simone l'achètent et engagent une restauration qui durera trente ans. Le baron meurt en 1957 ; sa veuve achève seule les travaux et s'installe dans le château en 1965.
Dans la nuit du 30 au 31 août 1968, une cigarette jetée dans les combles réduit en cendres trente années d'efforts. Toitures, charpente, corps central : il ne reste que des murs calcinés. Dès le lendemain, la baronne déclare qu'elle fera l'impossible pour reconstruire. Elle y engage sa fortune personnelle, vend ses œuvres d'art, lance un appel dans l'émission « Chefs-d'œuvre en péril ». Le pays répond — habitants du village, souscripteurs anonymes, État, personnalités comme André Malraux. Dix ans plus tard, la reine mère d'Angleterre séjourne dans un château relevé de ses ruines.
La baronne mourut en 1999, après avoir consacré sa vie à cette demeure. Le domaine appartient aujourd'hui à une fondation. Les jardins à la française, dessinés en broderies de buis sur les anciennes terrasses défensives, comptent parmi les plus beaux du Périgord. Il se visite : horaires, tarifs et conditions d'accès figurent sur cette fiche.
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