| Période(s) de construction | XIIIe |
| Adresse | Place Anatole France, 30220 Aigues-Mortes |
| Classement | Classé aux Monuments Historiques |
Crédits photo : Benjamin Smith, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons
Les tours et remparts d'Aigues-Mortes ceinturent la cité sur 1 640 mètres, en pleine Camargue, dans le Gard. Onze mètres de haut, quinze tours, dix portes : c'est l'une des enceintes médiévales les mieux conservées de France, et l'un des rares exemples de ville neuve du XIIIe siècle parvenue intacte jusqu'à nous.
Tout part d'un problème de géographie politique. En 1240, le royaume de France n'a aucun accès à la Méditerranée : la Provence appartient à l'empereur du Saint-Empire, le Languedoc maritime au roi d'Aragon. Louis IX veut pouvoir embarquer pour la croisade sans dépendre du bon vouloir de princes étrangers. Il achète donc à l'abbaye de Psalmodi ces terres de marais salants — aquae mortuae, les eaux mortes — et y fonde une ville de toutes pièces.
La tour de Constance s'élève la première, entre 1240 et 1248. Cylindre de vingt-deux mètres de diamètre, elle protège l'accès au château royal et sert de phare aux navires. Son plan parfaitement circulaire n'est pas anodin : depuis Philippe Auguste, seuls les rois de France s'autorisent cette forme pour leurs tours maîtresses. Les autres seigneurs doivent se contenter de plans carrés. Sur ce littoral disputé, la tour affirme la présence du pouvoir royal.
Louis IX s'y embarque deux fois, pour la septième croisade en 1248 puis pour la huitième en 1270, dont il ne reviendra pas. Il meurt à Tunis sans avoir vu s'élever la muraille : ce sont son fils Philippe III le Hardi et son petit-fils Philippe IV le Bel qui l'achèvent, entre 1289 et 1300.
La tour connaît ensuite d'autres usages, tous carcéraux. Philippe le Bel y fait enfermer quarante-cinq Templiers en 1307, mis à la question puis retenus prisonniers. Après la révocation de l'édit de Nantes, elle devient la geôle des protestantes du Languedoc — certaines y passeront des décennies, jusqu'à la libération des dernières en 1768. Le mot résister, gravé dans la pierre par l'une d'elles, y est toujours lisible.
Entre-temps, en juillet 1538, François Ier y reçoit Charles Quint pour tenter une réconciliation restée sans lendemain. Le port, lui, s'ensable dès la fin du XIIIe siècle mais conserve son monopole commercial jusqu'au rattachement de la Provence en 1481. Il se visite : horaires, tarifs et conditions d'accès figurent sur cette fiche. Il s'agit d'un château fort, bâti pour la défense avant de l'être pour l'agrément.
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